Éviter les biais cognitifs

Les biais cognitifs sont des raccourcis qu’utilise notre cerveau pour traiter le monde qui nous entoure, mais qui peuvent parfois déformer notre perception de la réalité. Ils influencent nos jugements, nos décisions et notre manière d’interpréter les autres, souvent sans que l’on s’en rende compte. Dès lors que l’on conduit des recherches sur l’humain (santé, éducation, et dans notre cas : CNV !), ces biais peuvent fausser l’écoute, le diagnostic ou la relation. Les comprendre est donc essentiel.

Le réalisme naïf et l’illusion de corrélation

Le réalisme naïf et l’illusion de corrélation constituent les deux principaux écueils à notre appréhension de la réalité.

L’impression première que nous offrent nos systèmes perceptifs est que nous percevons le monde extérieur tel qu’il est. Nous identifions les contenus de notre perception aux objets perçus. Nous avons donc tout simplement l’impression de percevoir la réalité, alors que nous n’avons réellement accès qu’aux impressions que produit le monde sur nos récepteurs sensoriels et aux sensations que nous construisons à partir de ces signaux corporels. Cette illusion de percevoir la réalité est dénoncée depuis Aristote et dénommée Réalisme naïf par les philosophes. Dans le contexte scientifique, cette illusion peut constituer un obstacle à notre capacité de concevoir des expériences pour vérifier ce que nous percevons comme une évidence (ex : le soleil tourne autour de la terre). Dans le contexte de la communication, l’impression de percevoir la réalité telle qu’elle est constitue un obstacle à notre capacité de prendre en compte le point de vue d’autrui. Cette illusion de percevoir la réalité est solidement étayée par d’autres biais cognitifs que sont par exemple les illusions d’objectivité ou de rationalité.

Notre pensée est également soumise à la détection de coïncidences : nous sommes sensibles aux évènements synchrones,  et générons automatiquement des associations causales. De la même façon que nous croyons percevoir le réel, nous croyons facilement percevoir directement des relations causales.
Un exemple courant de cette illusion de corrélation est apporté par l’idée que les accouchements plus fréquents les jours de pleine lune. Cette conviction ne possède aucun fondement scientifique sérieux (cf. http://lazarius-mirage/lune) n’a jamais été étayée par des statistiques sérieuses (ex : Rossetti 1990) mais continue d’être irrésistiblement très en vogue dans les maternités et le grand public.
Les associations positives (ce soir nous avons beaucoup de naissance et c’est pleine lune!) étant plus marquantes que les négatives (soir de pleine lune sans abondance de naissance, ou abondance de naissance sans pleine lune), elles dominent dans l’impression globale et contribuent donc à générer ou entretenir une idée fausse (cf. la famille des biais de confirmation et de filtrage).
Et bien évidemment nous transformons trop facilement la coïncidence en causalité : nous cherchons à comprendre le monde en lui donnons du sens. Le hasard n’étant pas toujours porteur de sens, nous avons tendance à le remplacer par des croyances.

L’illusion de corrélation consiste à percevoir une relation entre deux événements non reliés ou encore à exagérer une relation qui est faible en réalité. Par exemple, l’association d’une caractéristique particulière chez une personne au fait qu’elle appartienne à un groupe particulier alors que la caractéristique n’a rien à voir avec le fait qu’elle appartienne à ce groupe. La démarche expérimentale a pour objectif de prolonger l’observation en soumettant l’hypothèse qu’elle a fait naître à la vérification par une démarche qui cherche à établir la relation causale soupçonnée.

 

“La première impression est souvent la bonne, surtout quand elle est mauvaise”
Coco Chanel

Un grand nombre de biais cognitifs nous incitent à continuer de croire ce que l’on ‘sait’ déjà… Voici une liste de quelques uns des principaux :

Le biais cognitif de confirmation :

Tendance à ne rechercher et ne prendre en considération que les informations qui confirment les croyances et à ignorer ou discréditer celles qui les contredisent.

Le biais de croyance :

Le jugement sur la logique d’un argument est biaisé par la croyance en la vérité ou la fausseté de la conclusion. Ainsi, des erreurs de logique seront ignorées si la conclusion correspond aux croyances.

Le biais de représentativité :

Raccourci mental qui consiste à porter un jugement à partir de quelques éléments qui ne sont pas nécessairement représentatifs.

Le biais d’ancrage :

Tendance à utiliser indument une information comme référence. Il s’agit généralement du premier élément d’information acquis sur le sujet.

L’illusion de savoir :

Se fier à des croyances erronées pour appréhender une réalité et à ne pas chercher à recueillir d’autres informations.